L’ouverture de la cave Si Belle La Vigne remonte à avril 2007. A l’origine du projet, la passion du vin bien sûr, mais au delà, le désir de défendre un ensemble de valeurs en voie de disparition depuis l’avènement de la chimie en support indissociable de la culture des vignes.

A cette époque, l’idée de créer un espace dédié aux vins dont les raisins sont issus d’une viticulture biologique apparaît comme un projet audacieux. En effet, le BIO ne défrayait pas encore la chronique ou alors dans le cadre d’articles pro lobby du vin, s’attachant davantage à mettre en évidence les inconvénients plutôt que les nombreux avantages d’une telle pratique. Mais face au constat accablant des effets mortifères de l’usage des pesticides et désherbants dans la vigne, le recours à des méthodes plus douces et naturelles, soutenu par un cahier des charges européen et l’organisation qui en découle, suscite un intérêt croissant du côté des vignerons…

Selon les chiffres du recensement effectué en 2010 par l’Agreste (Ministère de l’Agriculture, de l’Alimentation, de la Pêche, de la Ruralité et de l’Aménagement du Territoire), 87400 exploitations viticoles cultivent 788700 hectares de vignes au plan national. Replaçons les éléments dans leur contexte au démarrage de notre activité en 2007. En se basant sur un nombre de producteurs sensiblement équivalent, soit environ 88000, 1907 (source FNIVAB*) revendiquent une certification BIO (ou en conversion). Depuis, il semblerait que le processus se soit accéléré et que le BIO fasse de plus en plus d’adeptes. Nul doute que la médiatisation associée à une distribution plus large, ainsi qu’une meilleure valorisation (environ 20%) de l’hectolitre BIO versus conventionnel, militent en sa faveur… Au delà des motivations propre à chacun, le BIO semble se généraliser, faisant ainsi reculer les vins lourdement chargés en pesticides et autres dérivés chimiques.

*Fédération Nationale Interprofessionnelle des Vins de l’Agriculture Biologique
 
Certification BIO = Viticulture

Domaine de La Bohème  et Mas de La Bégude

Ces précisions apportées sur l’importance du bon traitement de la vigne, il convient de s’intéresser à l’ensemble du processus qui permet d’aboutir au vin dans le verre pour bien comprendre les limites du cahier des charges BIO et la confusion (savamment orchestrée?) qui s’en suit sur le marché.

L’étape suivante, la vinification, ne repose sur aucun cahier des charges. De même pour l’élevage ainsi que la mise en bouteille. A ce jour, un vin BIO signifie, issu de raisins provenant d’une agriculture biologique. Pour le reste, il s’agit d’une «cuisine» propre à chaque vigneron, même si de grandes écoles existent. Plus Belle La Vigne s’est ainsi très vite intéressée aux vignerons, parmi les certifiés ou en conversion BIO, partisans d’une élaboration du vin sans aucun intrant ou limité à des doses minimes de dioxyde de soufre ou anhydride sulfureux (SO2) au moment des mises.

Pas de levures exogènes ou sélectionnées donc. Mais des vinifications sur la seule base des levures indigènes avec les risques encourus. Pas de chaptalisation, d’enzymes, de correction d’acidité… Pas de SO2 (si la structure et l’équilibre du vin le permettent) ou un dosage minimal (1 à 2gr/hecto) réservé à l’assemblage (quand il intervient post-élevage) ou aux mises. Ni collage, ni filtration: le vin dépose naturellement en période hivernale avant d’être délicatement mis en bouteille. Le respect de ces méthodes douces aboutit à l’élaboration de vins dits naturels ou nature dans le langage courant. Pour être plus précis, il s’agit de vins BIO (culture) et naturels (vinification-élevage-mise).

Si les viticulteurs certifiés BIO et/ou Biodynamie représentent encore une minorité au plan national, la catégorie qui nous intéresse (en étant large) concerne 200 à 250 vignerons. Parmi ces artistes du vin, Plus Belle La Vigne sélectionne, au gré des salons et rencontres, des cuvées issues des quatre coins de l’hexagone, en faisant la part belle à la vallée du Rhône, proche voisine géographique.

A ce jour, notre cave compte environ 250 références pour une soixantaine de vignerons. Ces vins possèdent la particularité de continuer à «vivre» dans la bouteille, passant par des phases parfois peu flatteuses et pas toujours comprises du consommateur. Goûter les vins fait partie de notre quotidien, et décider de mettre de côté une cuvée qui «retravaille» pendant un laps de temps pouvant aller de quelques semaines à plusieurs mois, de notre responsabilité. Cette particularité donne trop souvent lieu à des amalgames qui semblent faire le jeu des vins «techno». Point de manque de stabilité ou de fragilité, mais une matière bien vivante! Si certains nez et palais s’accommodent, voir recherchent des arômes et goûts allant de l’écurie à ce que dans le jargon, les vignerons nomment la souris, ils ne sauraient constituer la règle. Passé ce cap, le vin retrouve sa structure, son volume et sa fraîcheur. Un effet perlant peut apparaître en dégustation. Il s’agit du gaz carbonique issu de la refermentation. Un passage en carafe permet de supprimer le phénomène. Paradoxalement, cet effet perlant rencontre bien moins d’adeptes que les arômes d’écurie alors qu’il apporte de la nervosité et de la tension au vin dégusté.

Vous l’aurez compris, l’aspect vivant de ces vins peut les faire passer de coup de coeur à coup de gueule… Parmi nos jolis jus du moment, la petite Jeanne 2011, fraîchement débarquée de Faucon, petit village médiéval à la croisée des chemins entre Baronnies, Dentelles de Montmirail et Mont Ventoux… Par 450m d’altitude, les Rhône de La Roche Buissière évitent le piège du degré et, grâce à une vinification où la main de l’homme se limite à quelques remontages, affichent une belle fraîcheur! La petite Jeanne (premières cuves de grenache et syrah), c’est l’idée que nous nous faisons du vin de soif par sa texture fluide et onctueuse, sa fraîcheur, ses arômes de fruit et de fleur, sa bouche fine et élégante toute en tension…

En remontant bien plus au Nord, Le Verre des Poètes, Vin de Table d’Emile Hérédia (Domaine de Montrieux, Loir-et-Cher) nous subjugue par sa complexité et son originalité. De vieilles vignes (140 ans!!) de Pineau d’Aunis qu’il faut savoir attendre, une à plusieurs années selon les millésimes, pour en tirer toute la quintessence… c’est frais, subtil, fruité, épicé… le tout sur une structure qui permet une garde de 5 à 10 ans. Là encore, les intrants sont malvenus et le SO2 (sur les millésimes difficiles) se limite à la mise en bouteille. Un cépage à (re)découvrir avant extinction…

Côté blanc, c’est à Conques, charmant village de l’Aveyron où s’épanouissent les Chardonnay d’un certain Patrick Rols, que nos papilles aiment s’attarder… L’amusette 2010 est un modèle d’équilibre: maturité, acidité, longueur en bouche, fraîcheur, sur des notes de fleurs blanches et d’agrumes… Seul regret, les quantité disponibles bien sûr mais surtout le passage en foudre sur une partie des jus qui tend à marquer encore un peu le vin… A attendre quelques mois donc, tout en dégustant la gouleyante Coquille 2010 (du même auteur), un assemblage de cabernet-sauvignon et merlot vinifié en macération carbonique.

 

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