L’ouverture de la cave Plus Belle La Vigne remonte au 21 mars 2007. A l’origine du projet, la passion du vin bien sûr, mais au delà, le désir de défendre un ensemble de valeurs en voie de disparition depuis l’avènement de la chimie en support indissociable de la culture des vignes et de l’élaboration des vins.

A cette époque, l’idée de créer un espace dédié aux vins dont les raisins sont issus d’une viticulture biologique apparaît comme un projet audacieux. En effet, le bio ne défrayait pas encore la chronique ou alors dans le cadre d’articles pro lobby du vin, s’attachant davantage à mettre en évidence les inconvénients plutôt que les nombreux avantages d’une telle pratique. Mais face au constat accablant des effets mortifères de l’usage des pesticides et désherbants dans la vigne, le recours à des méthodes plus douces et naturelles, soutenu par un cahier des charges européen et l’organisation qui en découle, suscite un intérêt croissant du côté des vignerons…

Selon les chiffres du recensement effectué en 2010 par l’Agreste (Ministère de l’Agriculture, de l’Alimentation, de la Pêche, de la Ruralité et de l’Aménagement du Territoire), 87400 exploitations viticoles cultivent 788700 hectares de vignes au plan national. Replaçons les éléments dans leur contexte au démarrage de notre activité en 2007. En se basant sur un nombre de producteurs sensiblement équivalent, soit environ 88000, 1907 (source FNIVAB*) revendiquent une certification biologique (ou en conversion). Depuis, il semblerait que le processus se soit accéléré et que le bio fasse de plus en plus d’adeptes. Nul doute que la médiatisation associée à une distribution plus large, ainsi qu’une meilleure valorisation (environ 20%) de l’hectolitre bio versus conventionnel, militent en sa faveur… Au delà des motivations propres à chacun, le bio semble se généraliser, faisant ainsi reculer les vins lourdement chargés en pesticides et autres dérivés chimiques.

Le dernier rapport en ligne disponible sur le site de L’Agence BIO (La Bio dans les territoires/Fiches filières 2014) fait état du nombre d’exploitations viticoles et de la surface totale certifiée ou en cours de certification biologique en France. Ainsi, en 2013, l’agence recensait 4916 exploitations viticoles (raisin de cuve et de table confondus) en production biologique avec un total de 64410 hectares (surfaces certifiées ou en conversion). Ces chiffres attestent d’une belle progression par rapport au démarrage de notre activité en 2007 avec pratiquement trois fois plus d’exploitations viticoles certifiées ou en cours de conversion en sept ans.

Des chiffres qui devraient croître de manière significative dans les années à venir grâce à la mise en place le 1er aout 2012 du premier cahier des charges Européen de vinification en agriculture biologique (Effectif à compter du millésime 2012). Bien sûr à la lecture de son contenu, comme l’ensemble des adeptes du vin nu, nous nous sommes érigés contre les institutions et leurs résolutions jugées bien trop laxistes et à l’avantage des puissants!

Voyez plutôt: levures exogènes tolérées (provenant de matières premières biologiques si elles sont disponibles…) , des doses maximales de SO2 total utilisées à peine diminuées par rapport aux vinifications conventionnelles (blancs et rosés: 150mg/l au lieu de 210, rouges: 100mg/l au lieu de 160) et une armada de produits oenologiques autorisée (Phosphate diammonique/dichlorhydrate de thiamine (nutrition des levures), Enzymes pectolytiques (clarification), acide L+ tartrique (acidification/désacidification), bi-sulfite de potassium (stabilisation), acide L-ascorbique (addition)…etc)…**

Puis vint le temps de la réflexion et de la raison: combien d’exploitations de taille significative (100 ha et plus) franchiraient-elles le pas de la conversion vers l’agriculture biologique avec un cahier des charges de vinification à l’image du procédé de vinification dit nature (soit avec pas grand chose d’autre que du raisin dedans, au moins en théorie)? Et de ravaler nos idéaux pas forcément compatibles avec le réel ou tout du moins ce réel, pour savourer cette première victoire qui fait au moins sens pour notre planète et devrait progressivement réhabiliter le vivant dans nos champs de vignes!

Mais revenons-en au vin bio. Vue du consommateur, l’apparition du logo bio depuis le millésime 2012, ne peut qu’être source de confusion et enfoncer davantage le clou de l’amalgame. De manière générale, ce qu’il semble avoir retenu de la campagne de communication orchestrée autour de l’arrivée du vin bio, c’est qu’il s’agit d’un vin exempt de sulfites!! Alors comment s’y retrouver dans ce nombre croissant de références certifiées bio qui viennent remplir les rayons des cavistes et du monde de la grande distribution (GD) sans trop entrer dans la technique?

Déjà, en distinguant bien les différents réseaux de distribution.

Les vins qui nous intéressent, ceux élaborés dans le respect du vivant constituent une niche. Même si depuis quelques années, des nouveaux venus (néo-vignerons ou convertis) viennent au vin naturel, et rejoignent ainsi les traces des pionniers Marcel Lapierre ou Dutheil de la Rochère (Château Sainte-Anne), cela reste encore aujourd’hui une micro-production à l’échelle nationale. Et la commercialisation de ce type de vins, si elle connait un fort succès sur Paris notamment et également un peu partout dans le monde, implique certaines précautions, pratiques, et connaissances incompatibles avec les réseaux de GD; Et pour les mieux informés d’entre vous, le Spar de Philippe Quesnot constitue évidemment l’exception justifiant cette règle!

Si se tourner vers les cavistes donc semble indispensable, il reste encore un peu de chemin à faire, et parfois même beaucoup… En commençant par aller chercher de l’information par soi-même. En prenant connaissance, même rapidement, de l’extrait de cahier des charges sur la vinification en agriculture biologique en ligne sur le site Ecocert par exemple (lien ci-dessous). En apprenant à appréhender ses goûts et à formaliser ce qui fait sens pour soi.

Tout serait plus simple, s’il existait un cahier des charges spécifique au vin naturel, mais à ce jour cela semble très difficile à envisager et encore plus à élaborer…  D’ici là, et pour clarifier un peu la situation tout en se singularisant, de plus en plus de vignerons indiquent en quelques mots leurs pratiques sur la contre-étiquette de leurs bouteilles. La présence de la mention ‘Contient des sulfites’ reste obligatoire si l’analyse du vin décèle 10mg/l ou plus d’anhydride sulfureux (SO2). Elle est d’ailleurs présente sur un grand nombre de vins sans sulfites ajoutés. En effet, le travail des levures durant la fermentation génère plus ou moins de SO2, et ce naturellement (comprendre sans ajout de sulfites par l’homme). L’analyse de certains vins sans sulfites ajoutés peut ainsi révéler des doses de SO2 supérieures à 10mg/l. Pour cette raison, mais également par principe de précaution face au nombre croissant d’intolérances vis à vis de l’allergène anhydride sulfureux, rares sont les vignerons qui prennent le risque de ne pas apposer la mention légale ‘contient des sulfites’.

Pour plus d’information, nous vous invitons à consulter le site vinsnaturels.fr véritable portail d’informations sur le vin nature en France (et ailleurs). A ce jour, il répertorie les résultats d’analyses de plus de 1100 vins naturels.

*Fédération Nationale Interprofessionnelle des Vins de l’Agriculture Biologique
 **Vinification en Agriculture Bilogique (Source: Ecocert)
 

Que nomme-t-on vin nature?

En France, quelques centaines de vignerons s’appuient sur une viticulture biologique et/ou biodynamique certifiée ou pas, afin d’amener au chai un raisin le plus sain possible. Partisans d’une élaboration du vin sans aucun intrant ou limité à des doses minimes (10 à 20mg/l) de dioxyde de soufre ou anhydride sulfureux en général au moment des mises en bouteille.

Pas de levures exogènes ou sélectionnées donc. Mais des vinifications sur la seule base de levures indigènes avec les risques encourus. Pas de chaptalisation, d’enzymes, de correction d’acidité… Ni collage, ni filtration: le vin dépose naturellement en période hivernale avant d’être délicatement mis en bouteille. Le respect de ces méthodes douces aboutit à des vins dits naturels ou nature.

A ce jour, la cave Plus Belle La Vigne compte environ 350 références (dont une soixantaine en magnums) pour une centaine de vignerons. Ces vins possèdent la particularité de continuer à «vivre» dans la bouteille, passant par des phases parfois peu flatteuses et pas toujours comprises du consommateur. Goûter les vins fait partie de notre quotidien, et décider de mettre de côté une cuvée qui «retravaille» ou pas encore prête pendant un laps de temps pouvant aller de quelques semaines à plusieurs mois (et parfois plusieurs années), de notre responsabilité.

Fidèle 2011 Contre Etiquette

Cette particularité donne trop souvent lieu à des amalgames qui semblent faire le jeu des vins «techno». Point de manque de stabilité ou de fragilité, mais une matière bien vivante! Si certains nez et palais s’accommodent, voir recherchent des arômes et goûts allant de l’écurie à ce que dans le jargon, les vignerons nomment la souris, ils ne sauraient constituer la règle. Passé ce cap, le vin retrouve en général sa structure, son volume et sa fraîcheur. Un effet perlant peut apparaître en dégustation. Il s’agit du gaz carbonique issu de la fermentation. Un passage en carafe permet de supprimer le phénomène. Paradoxalement, cet effet perlant rencontre bien moins d’adeptes que les finales animales alors qu’il apporte souvent une belle vivacité au vin améliorant ainsi sa dégustation.

Vous l’aurez compris, l’aspect vivant de ces vins peut les faire passer de coup de coeur à coup de gueule…

Parmi nos jolis jus du moment, La Sagesse 2012 de Michèle Aubéry dévoile un grenache à la texture gourmande, plein de fraîcheur! Une texture dont le Domaine Gramenon (Montbrison-sur-Lez, 26) semble avoir le secret et qui invite à retendre le verre…

Le Mâcon Villages 2013 du Domaine Valette à Chaintré (71). Une très belle expression de chardonnay. Un vin sec, tendu, plein de fougue! En bouche, de jolies notes d’agrumes, finale saline et salivante.  A déguster seul ou accompagné…

En remontant bien plus au Nord, Le Verre des Poètes 2011, Vin de France d’Emile Hérédia (Domaine de Montrieux, Loir-et-Cher) nous subjugue par sa complexité, son originalité, et sa buvabilité! Des très vieilles vignes pré-phylloxéra (145 ans) de Pineau d’Aunis qu’il faut savoir attendre quelques années pour en tirer toute la quintessence… c’est frais, subtil, fruité, épicé… le tout sur une structure qui permet une garde de 10 ans (et plus).

Enfin, côté champagne, le blanc de noir de Bertrand Gautherot (Vouette & Sorbée, Buxières-sur-Arce) Fidèle 2011,est un modèle du genre: maturité, vivacité, acidité, finesse de la bulle, longueur en bouche, fraîcheur, sur des notes d’agrumes et de fleurs blanches… A boire ou à attendre. De quoi vous faire aimer le champagne!

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.G 2013 - France Gonzalvez Cairanne Rouge 2012 - Marcel Richaud IMG_0452 Plus Belle La Vigne - avril 2007 30 La Part des Anges (QG) - 06000 Nice 35 L'ardoise - 75001 Paris